Le 21 juin dernier, la direction interministérielle du numérique (DINSIC) ouvrait son « magasin d’API des services publics » : https://api.gouv.fr/.  Ce nouveau site web s’inscrit pleinement dans la volonté de transformer le rapport de l’état aux services publics, en proposant aux administrations, startups, développeurs, et autres,   de disposer de données structurées et « prêtes à l’emploi », toujours dans une logique d’amélioration des services rendus aux citoyens.

Après France Connect  en début d’année, comme nous vous en parlions dans notre précédent article « Les comptes citoyens : symbole de l’évolution de la relation usagers/collectivités publiques? », ce dispositif marque un pas de plus vers l’état plateforme. Tout en maintenant un engagement fort vers l’ouverture des données en parallèle de data.gouv.fr et Etalab, cette nouvelle plateforme vise à permettre aux institutions de mettre à disposition leurs données à travers des interfaces de type  API.

API vs Données ouvertes, quelle différence ?

L’Open Data et les formes de cette mise à disposition de ces données restent un débat ouvert. Lorsqu’on se rend sur la plateforme data.gouv.fr on se retrouve face à une multitude de formats de données (.ods, .XML, .SHP, .KMZ, etc.). La réutilisation nécessite donc de maitriser ces formats, et, dans le cas où un développeur souhaiterait utiliser plusieurs jeux de données, de les coupler, ce qui peut s’avérer complexe.

https://api.gouv.fr/ APi et données ouvertes, quelle différence?

À cette question du format s’ajoute le fait que ces données, ainsi déposées ne sont pas pérennes, elles doivent être mise à jour régulièrement par les institutions les fournissant. De plus, elles sont mises à disposition de manière asynchrone, ce qui peut être problématique dans le cadre de certains services. La réutilisation de ces jeux de données est donc intrinsèquement limitée par le format et le mode de diffusion.

Une API (Application Programming Interface), pourrait permettre d’échapper à la plupart des écueils cités. La diffusion peut se faire en temps réel, ce flux peut être aisément enrichi, et plus important encore, une API donne aux développeurs une plus grande maniabilité dans l’utilisation de ces données.

Reste à savoir si les institutions sont prêtes à fournir des API, et si celles-ci peuvent être fournies de manière ouverte et en temps réel.

Pourquoi une telle plateforme ?

Avec les nouvelles lois autour de l’Open Data et plus spécifiquement la loi NOTRe, qui oblige les communes de plus de 3 500 habitants, et leurs EPCI, à rendre leurs données liées aux informations publiques accessibles en ligne. Il paraît plus que jamais crucial d’orienter les institutions et les collectivités dans leur mode de diffusion des données.

Les initiatives restent encore localisées à un nombre limité d’institutions et de collectivités, ainsi que sur une infime partie de données. Ce qui restreint inévitablement les projets de réutilisation.

Cette nouvelle plateforme semble se donner trois objectifs forts en s’appuyant sur les API :

  • Faciliter l’accès et la prise en main des données ouvertes
  • Sécuriser la diffusion des données
  • Mettre en avant des projets de réutilisation et donner des indicateurs de performance

En effet, les API permettent non seulement d’accélérer et de faciliter la réutilisation des données par les développeurs, mais également de sécuriser et de contrôler l’usage qui en est fait. Ces interfaces sécurisées entre les données et les services externes peuvent être contrôlées, afin de savoir qui les utilise, comment elles sont utilisées et à combien de reprises, il est également possible d’analyser plus finement l’usage qui en est fait à travers les services développés.

À la différence de la plateforme data.gouv.fr, certaines des API mises à disposition nécessitent d’obtenir une autorisation, permettant, ainsi, de limiter l’accès à un certain type d’utilisateurs : une entreprise par exemple. Dans ce cas l’utilisateur doit renseigner un certain nombre d’informations sur sa structure, voire de disposer d’une autorisation CNIL  lui permettant d’utiliser des API utilisant des données personnelles.

le nombre d’informations non redemandées aux entreprises pour l’API entreprise

Dès l’ouverture de cette nouvelle plateforme de diffusion d’API, on pouvait accéder à des services créés, afin d’apprécier les possibilités offertes. Un mois plus tard, la plateforme en dénombre 15. Certaines API, ayant fait l’objet de services, présentent le bénéfice à travers une donnée : le nombre d’informations non redemandées aux entreprises pour l’API entreprise.

Perspectives, visées et limites

Les perspectives et les visées sont multiples, il s’agit d’encourager cette démarche d’ouverture pour inciter à la création de nouveaux services bien sûr. De fournir davantage de données sous la forme d’API pour permettre aux développeurs de proposer des services novateurs. Envisager de dépasser le niveau local en favorisant l’utilisation de plusieurs types de données, afin permettre à d’éventuelles startups de capitaliser sur ces données, dans le but de pérenniser ces nouveaux services.

Des visées louables, et en phase avec le positionnement d’état plateforme,  souhaitant concevoir autrement les services publics numériques, en permettant aux acteurs publics comme privés de prendre part à la création et au développement des services de demain.

Mais cette nouvelle plateforme peut-elle suffire ?

Face aux différentes plateformes autour de l’Open Data lancé par l’état et les institutions, ne risque-t-on pas de perdre la cible ?

Face aux institutions frileuses en matière d’Open Data et à la multitude de projets possibles, ne manque-t-il pas un chef d’orchestre, plus qu’une nouvelle plateforme de mise à disposition ?

La récupération des données issues de l’open data peine encore à se généraliser, il ne suffit pas de mettre à disposition des données pour que celles-ci soient nécessairement réutilisées.  Les acteurs privés doivent trouver une idée, et parvenir à pérenniser ce service, cela nécessite que l’institution fournissant les données les mette à jour régulièrement et que la société parvienne à monétiser le service proposé d’une manière ou d’une autre.

En effet, cette volonté de permettre aux acteurs privés de prendre part à la création de nouveaux services pose la question des objectifs sous-jacents. Les acteurs du secteur privé ont des motivations autres que le simple « intérêt général ».  Il ne suffit donc pas de trouver un service d’utilité publique, il fait également concevoir un solide business plan.

Les promesses de l’Open Data ne sont-elles donc pas antithétiques ?

Quelle est la place du citoyen dans tout ça ?

Déléguer la création de services aux entreprises du secteur privé, à l’heure où les citoyens souhaitent jouer un rôle de plus en plus important et le montrent à travers les plateformes participatives, ne pose-t-il pas problème ?

Autant de questions cruciales dans le développement des prochaines plateformes tournées vers l’Open Data.

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