A l’heure de l’open data, les collectivités multiplient les initiatives pour dynamiser leur territoire et soutenir des projets de création de nouveaux services. A travers cette interview de Gabriel Plassat, expert mobilités à l’ADEME, nous avons souhaité vous faire découvrir l’initiative de la fabrique des mobilités, un dispositif innovant qui offre une vision du rôle que peuvent jouer les territoires au sein des processus d’innovation.

En quelques mots, pouvez-vous nous décrire le projet de la fabrique des mobilités ?

La fabrique des mobilités est un dispositif de soutien à l’innovation porté par l’ADEME. Notre objectif est d’accompagner des projets innovants dans le domaine des transports et des mobilités et d’accélérer leur développement.

Nous sommes partis du constat qu’il existait de nombreux dispositifs de soutien financier adressant les porteurs de projets innovants mais peu de dispositifs d’accompagnement axés sur la mise à disposition de ressources. Aussi, nous avons souhaité développer ce type de dispositif. Ces ressources sont mises à disposition par nos partenaires : groupes industriels, laboratoire de recherche, écoles, territoires, …

Notre accompagnement s’inscrit dans la continuité de ceux proposés par les incubateurs et les pépinières. Mais au contraire des incubateurs et des pépinières, nous n’avons pas de lieu physique. Les projets restent là où ils ont créés. Notre objectif est simplement d’augmenter leurs chances de succès en leur apportant des ressources supplémentaires et spécialisées.

Vous invitez les territoires à devenir « des plateformes de ressources organisées », quel est le rôle des collectivités territoriales au sein de la fabrique des mobilités ?

Dans le domaine des transports, le territoire a un rôle clef. Un industriel ou une start-up ne peut pas innover dans un laboratoire. Les services doivent être conçus en lien avec la complexité des territoires et cela passe par une nécessaire phase de co-création.

Nous collaborons aujourd’hui avec plusieurs territoires comme le Grand Lyon, la région Ile de France, le département des Alpes Maritimes, la Métropôle de Nice Côte d’Azur, la Communauté d’Agglomération Nice Sophia Antipolis ou encore la ville d’Issy les Moulineaux. Ces différents acteurs vont mettre plusieurs ressources à disposition des porteurs de projets : infrastructures, routes, lignes de bus, données mais aussi communauté d’utilisateurs qui permettront d’obtenir un retour sur le service.

Nous commençons en ce moment même à accompagner nos premiers projets. Dans le cadre d’un projet sur le co-voiturage par exemple, les territoires peuvent mettre à disposition des porteurs de projets leurs données concernant le transport.

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Vos rapports soulignent également les différences entre les enjeux locaux propres à chaque territoire et l’importance pour les projets innovants d’un déploiement national ou mondial, comment, réussissez-vous à faire coexister ces deux objectifs ?

Notre dispositif est tourné vers les entrepreneurs. L’entrepreneur n’est pas là pour résoudre les problématiques spécifiques de chaque territoire. En revanche, nous sommes convaincus que si le projet trouve un marché, c’est que la solution répond aux problèmes que rencontrent les collectivités et les usagers.

Pour un territoire qui souhaiterait dynamiser l’innovation, quelles sont les premières étapes à mettre en place ?

L’innovation c’est d’abord une culture. Elle doit être mise en mouvement par un ensemble de personnes. On pourrait donc conseiller aux territoires de s’appuyer au maximum sur les réseaux déjà existants et d’afficher leur volonté de s’ouvrir. Les politiques d’open data en sont un bon exemple.

En ce qui concerne la stratégie de la fabrique des mobilités, notre volonté est de construire un écosystème aussi perméable que possible pour que chaque acteur puisse prendre part aux projets. Cela doit nous permettre de construire une réflexion collective autour de problématiques actuelles. Aussi, nous essayons de collaborer avec les porteurs de projets dès les prémices de leurs initiatives. Enfin, pour trouver des solutions aux problèmes, il faut parfois tester et essayer un maximum d’idées : cela nécessite, notamment, de sortir d’une logique de marché.

Une des missions que s’est fixée la fabrique des mobilités est d’assurer la gestion des « communs ». Il s’agit là d’une notion relativement nouvelle et très fortement liée à l’émergence de l’économie collaborative. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur cette notion ? Quels sont les communs utilisés dans le cadre des projets de la fabrique des mobilités ?

Le concept des communs vient des plateformes ouvertes. Un « commun » est une ressource gérée par une communauté, elle est à la fois indispensable et non compétitive : donnée, logiciel, matériel, … La communauté peut être composée de différents types d’acteurs : citoyens, entreprises, collectivités…

Le meilleur exemple de commun est sans doute Wikipédia. En effet, l’encyclopédie est gérée par une communauté d’internautes qui peuvent rédiger et commenter divers articles. Cet exemple montre également qu’ouverture ne rime pas avec anarchie. Pour pouvoir écrire sur Wikipédia, il faut respecter un ensemble de règles. C’est exactement pareil pour l’open data, il existe différentes licences qui imposent des règles aux utilisateurs.

Notre rôle à la fabrique des mobilités, c’est d’abord de recenser l’ensemble des communs existants. En améliorant leur accessibilité, nous permettons aux entrepreneurs de ne pas réinventer la roue mais au contraire de donner de la valeur aux communs. L’objectif est de capitaliser sur chaque projet.

Quelles sont les prochaines étapes ?

Nous entamons les premiers projets. Parallèlement, nous construisons nos outils. Nous travaillons, notamment, sur la connexion des différents acteurs et les compétences clefs à travers la plateforme kumu.io/fabmob. Nous organisons également plusieurs ateliers pour permettre aux acteurs d’échanger. Enfin, nous continuons de chercher de nouveaux territoires et industriels avec lesquels collaborer.

 

Pour plus de renseignements rendez-vous sur le site de la fabrique des mobilités

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