Depuis avril 2016, la ville de Mexico a lancé une expérience démocratique inédite : rédiger sa nouvelle constitution avec la participation des habitants via la plateforme change.org. En France, la plateforme est célèbre pour avoir promu la pétition « Loi El Khomry, non merci » qui a récolté plus d’un million de signatures en quelques jours. Ces initiatives qui s’inscrivent dans un mouvement appelé « Civic Tech » prennent de l’ampleur. Pour autant,  ont-elles réellement le pouvoir de révolutionner notre système politique ?

Qu’est-ce que les Civic Tech ?

Vous en avez sans aucun doute déjà entendu parler, les Civic Tech, ou les « technologies civiques », sont la grande tendance de l’année 2016 et ambitionnent de changer le monde politique  et de redonner le pouvoir au citoyen. Selon Wiképédia,

« La civic tech est l’usage de la technologie dans le but de renforcer le lien démocratique entre les citoyens et le gouvernement. Cela englobe toute technologie permettant d’accroître le pouvoir des citoyens sur la vie politique, ou de rendre le gouvernement plus accessible, efficient et efficace. »civictechgraphic

Aujourd’hui, les technologies civiques recouvrent un large panel d’applications et d’initiatives. Loin d’être homogènes, les différents projets peuvent être menés par des citoyens engagés, des sociétés technologiques ou encore des entrepreneurs chevronnés. Tous ont bien évidemment des modes d’action et des finalités différentes mais deux grands objectifs en commun :

  • Améliorer les compétences civiques des citoyens
  • Ubériser la politique

Informer pour augmenter les compétences civiques des citoyens

La première étape pour permettre au citoyen de s’engager est de lui donner accès à une information de qualité. Il faut, donc, outiller le citoyen pour lui permettre de mieux comprendre les grands débats de la société et ainsi faire des choix éclairés lorsqu’il est appelé à s’exprimer.

Le défi est donc de rassembler les informations utiles mais surtout de développer les outils qui permettent aux citoyens de se forger une véritable connaissance de l’environnement qui les entoure : connaitre la source de l’information, son contexte, être capable de comparer et mettre en relation diverses informations…

  • Grâce à ses outils de comparaison des différents programmes politiques, Voxe.org, a pour objectif de permettre aux citoyens de comprendre les principaux enjeux des élections ainsi que le positionnement des candidats.
  • Dans le même esprit, Fluicity propose un accès à un fil d’actualité personnalisé et local qui fournit une photographie de la ville en temps réel.

Pour faire la différence, ce type de plateformes doit, donc, être capable de proposer des interfaces intuitives agrégeant des informations provenant de sources différentes. Le défi réside donc dans la construction d’un écosystème d’acteurs impliqués, de processus de vérification de l’information et de développement d’outils permettant de relier, vérifier et comparer les informations.

Ubériser la politique pour créer une « démocratie directe »

Le second objectif pour les acteurs des technologies civiques est de réduire les intermédiaires entre le citoyen et les hommes politiques. A l’instar des plateformes comme Uber ou AirBnb, les acteurs des technologies civiques cherchent à bouleverser le système politique actuel.

L’enjeu pour ces plateformes est de réussir à mobiliser les citoyens et à les impliquer dans les processus décisionnels en facilitant l’expression individuelle, pour construire une forme de démocratie plus directe :

  • Le projet « La primaire», propose par exemple de supprimer les partis en organisant une primaire ouverte. Les fondateurs se sont fixés comme objectif de rassembler plus de 500 000 votants afin d’être « plus représentatifs que les partis ».
  • D’autres applications, comme Fluicity ou encore Gov, proposent aux hommes politiques des outils leur permettant d’instaurer un dialogue direct avec les citoyens, notamment à travers la mise en place de sondages.

Ces différentes initiatives proposent en fait une « expérience de la démocratie ». L’enjeu pour les porteurs de projets est de fluidifier, faciliter, simplifier l’engagement citoyen à travers la construction d’outils numériques.

 

Le foisonnement d’initiatives au sein du mouvement des Civic Tech ainsi que l’engouement des citoyens et des entrepreneurs y participant a indéniablement quelque chose de grisant et d’excitant. Toutefois, pour conclure, il est important de noter qu’avant de révolutionner notre système politique, il y a quelques pas à franchir :

  • Premièrement, il est nécessaire de se débarrasser d’une « vision naïve du citoyen » comme l’explique le sociologue Pierre Cardon. La vision d’un citoyen parfait et éclairé promue par les Civic Tech est bien souvent éloignée de la réalité. De plus, les Civic Tech ne touchent pour le moment qu’un nombre limité de personnes, le plus souvent déjà politisées.
  • Deuxièmement, il semble primordial de poser la question de l’échelle d’influence pour véritablement peser sur le système existant. En effet, ces initiatives sont le plus souvent hétérogènes et limitées dans le temps. Aucune des plateformes existantes n’occupent actuellement une place suffisamment importante pour être prises au sérieux par le système politique actuel.

Par ailleurs, la viabilité de ces initiatives est conditionnée :

  • A leur capacité à composer avec le système politique existant notamment en fournissant aux hommes politiques des outils pour renouer le lien avec les citoyens ou à le hacker en se positionnant comme des plateformes au service de toute expression ou cause citoyenne, à l’instar de l’agora de la Grèce antique.
  • A leur capacité à proposer différents niveaux d’engagement ou d’interactions à l’instar de ce que proposent les réseaux sociaux
  • A leur capacité à faire le lien entre des formes d’engagement virtuelles et traditionnelles
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