La mission sur les sciences participatives confiée à François Houllier, PDG de l’Inra et Président de l’Alliance nationale de recherche pour l’environnement, commanditée par le Ministère de l’Education National, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche vient de porter ses fruits. Un rapport détaillé vient d’être remis à Najat Vallaud-Belkacem et à Thierry Mandon le 4 février dernier.

Mission sciences participatives

Ce rapport met en exergue le développement d’initiatives nationales et internationales, présente les bonnes pratiques à destination des porteurs de projet et identifie les leviers pour encourager et mieux encadrer ces initiatives. L’étude s’appuie sur le recueil et l’analyse des témoignages d’experts et d’acteurs sur le terrain, afin d’estimer les opportunités et les investissements nécessaires au développement des sciences participatives sur le territoire.

Ce rapport nous questionne également sur la place et le rôle de scientifique à l’ère du web 2.0, tout comme c’est le cas pour les politiques publics avec l’émergence des civic tech. Avant de nous pencher sur le rôle du scientifique et les leviers et actions pour encourager ces projets, balayons les différentes définitions associées au participatif et au collaboratif dans le domaine scientifique.

Sciences participatives, sciences citoyennes et sciences collaboratives, quelles différences ?

La science est un domaine qui se nourrit tout particulièrement d’observations et d’éléments empiriques, nécessitant du temps pour recueillir et analyser ces informations, ainsi que des ressources humaines importantes. Les amateurs ont souvent été des acteurs clés dans ces processus d’observations de longue haleine sur des territoires éparses.

Face à cette impossibilité numérique d’observer toutes les évolutions, les sciences naturelles sont un domaine où la participation des amateurs c’est imposée d’elle-même. En effet, les institutions et les établissements scientifiques ont commencé à déléguer certaines tâches dès le XIXe siècle en faisant appel aux voyageurs et autres passionnés et en mettant en place des protocoles scientifiques afin d’aiguiller ces scientifiques amateurs, et de disposer de données valides.

Les sciences participatives sont donc des initiatives lancées et structurées par des organismes scientifiques reconnus. Ceux-ci définissent le sujet, le cadre et le protocole de production des données. Ils sont également chargés du recoupement et de l’interprétation des données produites par les participants.

Les sciences citoyennes sont, quant à elles, des initiatives plus spontanées lancées par un individu ou un groupe d’individus aux motivations diverses et variées. Ils peuvent ou non faire appel à des scientifiques pour analyser les données produites.

Les sciences collaboratives, enfin, intègrent une démarche complète plaçant les scientifiques et les participants dans une démarche impliquant une part d’échange et de réciprocité. Le scientifique doit non seulement définir un protocole, mais également mettre en place des points d’étapes, afin de rendre compte de ses conclusions et de ses recherches liées à la démarche. Les participants sont donc impliqués comme partie prenante dans le projet.

Panorama des différents types de démarches scientifiques en ligne

Le numérique est un outil central dans la multiplication de démarches scientifiques participatives, il permet d’impliquer des individus à une échelle régionale, nationale et même internationale. On peut trouver de nombreux exemples sur internet, comme le Museum d’Histoire Naturelle proposant aux internautes de contribuer à l’amélioration des connaissances sur la biodiversité. La plateforme « Galaxy Zoo » est peut-être l’une des plus emblématiques de par sa portée planétaire, elle propose quant à elle aux internautes de participer à la classification des galaxies à partir des prises de vue de la NASA.

Galaxy Zoo est un projet Zooniverse. Le Zooniverse est un ensemble de projets scientifique citoyens basé sur internet, qui utilise les efforts et les capacités de volontaires afin d'aider les chercheurs a gérer le flot de données qu'ils ont à manipuler.

Galaxy Zoo est un projet Zooniverse.
Le Zooniverse est un ensemble de projets scientifique citoyens basé sur internet, qui utilise les efforts et les capacités de volontaires afin d’aider les chercheurs a gérer le flot de données qu’ils ont à manipuler.

Les démarches deviennent protéiformes, en prenant davantage en considération l’utilisateur, ses aspirations et ses modes de communication : les mécanismes de participations se diversifient. La gamification permet aux internautes de participer de façon ludique aux expérimentations, Foldit est une de ces plateformes. Celle-ci propose aux internautes des puzzles de structures de protéines, l’objectif étant de plier ces protéines pour produire un score correspondant au niveau d’énergie générée. Les scientifiques peuvent utiliser les différentes manières d’aborder les puzzles par le cerveau humain à travers les internautes, dans le but d’améliorer leurs algorithmes d’analyse et de générer davantage de possibilités.Foldit

Des démarches peuvent également se passer de site dédié en proposant aux internautes de participer à des recherches scientifiques d’une manière différente, directement sur les réseaux sociaux. Il s’agit d’utiliser ces réseaux pour diffuser et interagir avec les internautes, l’exemple de la British Library concernant une inscription inconnue retrouver sur une épée médiévale est intéressant. Cette démarche a été réalisée en août dernier et a permis de solliciter des internautes à grande échelle et dans un laps de temps court permettant de donner une vision rapide sur les résultats.

The British Library

Ces démarches aux objectifs multiples permettent d’imaginer le champ des possibles offert par les sciences participatives et collaboratives. Le numérique permet aux scientifiques et aux chercheurs de pouvoir décupler leur possibilité en matière de recherche, il leur appartient de s’en emparer et de développer des projets dans ce sens, tout en tenant compte des spécificités de ces démarches en ligne.

Le repositionnement de la figure du scientifique

Pour favoriser ces projets scientifiques, le rapport identifie les bonnes pratiques à destination des porteurs de projet. Ces  bonnes pratiques sont rédigées comme un guide pratique et s’appuient sur l’enquête réalisée à travers des consultations en ligne et autres entretiens de porteurs de projets. Ce guide passe en revue l’ensemble des étapes de conception et de mise en œuvre d’une démarche de science participative, le tout sous la forme de questions-réponses et de boites à idées.

La question de l’engagement des participants, de la mise en place de gratification et de la gestion des données sont évoquées. Il ne s’agit plus seulement de faire travailler sur ses recherches en se déconnectant du web une fois les données transmises par les participants, mais de trouver des moyens d’impliquer les internautes dans une expérience complète.

Il s’agit là d’une évolution importante dans le travail du chercheur et du scientifique, il doit se muer en communicant et animer son réseau de contributeur en parallèle de ses recherches. Il doit composer avec les codes du web 2.0 en apprenant à partager ses résultats. En filigrane on comprend que les sciences participatives doivent nécessairement comprendre une part de collaboratif pour instaurer un échange durable. Les contributeurs familiers des projets de crowdfunding (financement participatif) s’attendent à recevoir une forme de gratification de la part du porteur de projet, pourquoi en serait-il autrement pour ces démarches ?

Ainsi le guide des bonnes pratiques évoque des idées permettant d’ « entretenir et [de]reconnaître l’engagement des participants » en :

  • Impliquant tous les acteurs engagés à chaque étape
  • En adaptant la participation aux différents types de contributeurs
  • En combinant les leviers individuels et collectifs : dimension ludique, système de récompenses, gratification ou appartenance à une communauté, etc.
  • En communiquant régulièrement pour renouveler l’intérêt du programme et attirer de nouveaux participants
  • Etc.

Autant d’éléments nécessitant de penser sa plateforme et ses modes de communication bien en amont du projet.

Les leviers et actions pour favoriser les sciences participatives

Le rapport met également en exergue la nécessité d’organiser et d’adapter les moyens techniques, financiers et réglementaires, ce qui passerait, selon les conclusions de l’étude, entre autres par :

  • La création d’une charte française des sciences participatives
  • La création d’un portail dédié pour recenser, promouvoir, encadrer, accompagner les démarches et mutualiser les initiatives
  • L’adaptation des critères de sélection des appels à projets pour faciliter l’accès aux financements à ces démarches
  • L’intégration de la participation dans la stratégie des organisations de recherche
  • La création une licence spécifique pour favoriser le partage des données issues de ces démarches

Un bien vaste programme, reste à attendre de voir quelles actions de ce rapport seront retenues et mise en œuvre dans les prochains mois.

Sources

Mission sciences participatives

Donner un nouveau souffle aux sciences participatives – Le Monde

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