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Vers la “Blockchainisation” des administrations ?

La blockchain, cette technologie apparue avec la monnaie virtuelle du Bitcoin, fait de plus en plus parler d’elle ces derniers mois. On parle même d’une future « Blockchainisation », à l’image de l’uberisation. Nous avons voulu nous intéresser à cette possibilité, en nous concentrant sur les institutions publiques et les collectivités territoriales, pour nous demander dans quelle mesure et à quelle échéance la blockchain pourrait changer notre rapport aux administrations.

La blockchain, qu’est-ce que c’est ?

La blockchain, ou « chaîne de blocs », est un mode de stockage et de transmission d’informations fonctionnant sur une base de données dont l’historique est distribuée, c’est-à-dire que l’ensemble des utilisateurs a accès à cet historique des échanges et cela depuis sa création.

Ces échanges sont assemblés dans ce que l’on appelle des blocs. Cette chaîne de blocs est copiée sur tous les ordinateurs du réseau, chacun est en mesure de vérifier la continuité de cette chaîne de manière décentralisée. Ce qui en fait un mode d’échange et de partage infalsifiable : il est impossible d’effacer une ligne de ces échanges à moins que l’ensemble du réseau le décide.

La puissance du réseau : Bitcoin fonctionne sur un réseau, appelé les « mineurs », permettant de gérer cette masse de calculs exponentielle nécessaire à la validation des transactions et à la création les blocs regroupant ces dernières.

Schéma du fonctionnement du bitcoin

Schéma du fonctionnement du bitcoin

Les champs d’utilisation possibles et les avantages

Le champ des possibles est considérable pour les institutions publiques, on pense bien sûr à la problématique de gestion et de conservation des données en premier lieu avec la possibilité de :

  • Gérer des actes de propriété
  • Gérer les données personnelles
  • Gérer l’identité digitale
  • Etc.

Cette gestion à travers une blockchain permettrait de sécuriser davantage ces données contre la falsification et le piratage, dans le but de les rendre toujours plus pérennes et infalsifiables.

Sécuriser l’identité digitale et les données personnelles des internautes est un enjeu majeur, avec l’émergence de l’application d’identification unifiée lancée récemment (voir l’article sur France Connect) et le décret polémique sortie en octobre dernier concernant un fichier réunissant l’ensemble des données liées à la carte d’identité et au passeport des Français.

On imagine très bien les opportunités offertes par la mise en place de blockchains dans un objectif de sécurisation des données.

Un atout pour les Civic Tech

Mais la sécurisation des données n’est pas la seule application possible, on imagine également les possibilités  offertes dans le cadre de la mise en place d’outils lis aux Civictech (voir article notre précédent article : Les Civic Tech vont-elles révolutionner notre système politique ?).

Par exemple le vote électronique, qui pourrait s’appuyer sur la blockchain pour proposer une solution sécurisée et fiable.

Le vote électronique permettrait en règle générale de :

  • Réduire les coûts
  • Faciliter l’accès de tous les électeurs
  • Garantir la sécurité et le contrôle
  • Faciliter le compte des voix
  • Etc.

Il pourrait être ainsi envisageable de solliciter plus régulièrement les citoyens sur un certaine nombre de questions et de grandes décisions qui les concernent.

A l’image des initiatives autour des budgets participatifs qui se multiplient actuellement, et cela dans les villes de toutes tailles : Paris, Montreuil, Saint-Basile-le-Grand au Canada, etc.

Ces technologies pourraient être un vrai tournant pour nos démocraties à tous les niveaux, du locale à l’état, et qui c’est, voire même au niveau européen.

Les limites et les freins

Malgré tout, les limites et les freins sont encore nombreux.

Les limites techniques

Le système de blockchain, tel qu’il a été pensé dans le cadre du Bitcoin, est encore un  projet novateur en devenir, mais avec une fin programmée dès son avènement. En effet, le nombre de bitcoins qui pourra être produit est limité à 21 millions. Mais un certain nombre de problèmes devrait émerger bien avant, et sont d’ailleurs d’ores et déjà perceptibles. Les transactions étant traitées par une communauté de mineurs rémunérés à la transaction en dédommagement du temps et de l’électricité dépensés pour chacune d’elle, les coûts ne cessent d’augmenter face au volume de données accumulé, tandis que la rémunération baisse irrémédiablement. Passant ainsi de 50 bitcoins à une dizaine de bitcoins aujourd’hui, et pour finalement ne plus rien représenter à l’horizon 2140, lorsque la limite de 21 millions sera atteinte.

Tout ceci doit être repensé, afin de s’adapter à d’autres enjeux et d’autres problématiques que celle d’une monnaie virtuelle. Pour ce qui concerne les institutions, l’enjeu de l’utilisation de la blockchain sera d’optimiser les besoins en énergie et en volume de calculs dans le cadre de chaines importantes et pérennes, afin de garantir l’incrémentation perpétuelle de nouveaux blocs, garantissant ainsi la sécurité des données.

La question de la confiance

Les principales limites liées à la blockchain, dans le cadre d’un usage par les institutions, résident dans le changement de paradigme : la technologie prend le pas sur les institutions et gère, presque comme indépendamment,  la sécurité et l’intégrité des données, des documents ou des votes.

Les institutions ne sont plus les seuls tiers de confiance, le protocole technique supplante cette relation institution-citoyen, il y a une désintermédiation, y sommes-nous véritablement prêts ?

La création de liens de confiances n’a eu de cesse de se diversifier ces dernières années avec internet et les multiples sites marchands. Nos achats ne se font plus forcément en bas de notre rue avec nos commerçants habituels, nous utilisons d’autres canaux, et sommes donc amenés à faire confiance à  des marchands du monde entier. Des services, comme PayPal, voient le jour et se positionne comme des garants en offrant des protections aux acheteurs. Cette nouvelle façon de consommer et ces nouveaux tiers de confiance auraient été inimaginables il y a quelques décennies, mais les mentalités évoluent et s’adaptent aux nouveaux enjeux.

Les démarches pionnières

Il ne parait pas irréaliste de penser que la blockchain serait une solution d’avenir pour les aspects administratifs allant du cadastre, les actes de vente, l’identité digitale, les aides sociales, en passant par les Civic Tech, et tant d’autres.

Des démarches pionnière voient le jour un peu partout dans le monde à l’image de ces deux exemples.

L’OGN africaine Bitland a mis en place la technologie blockchain pour créer un registre de propriété transparent et fiable au Ghana, un pays 90% du territoire se situe en zone rurale et où les titres de propriété n’étaient jusqu’alors pas répertoriés.

L’Estonie a choisi une startup du nom de Guardtime pour se charger de la sécurisation d’une base de données de santé intégrant plus d’un million de dossiers patients. Le pays a également misé sur la blockchain dans un autre domaine à travers un partenariat avec le programme « e-residency ». Ce dernier permet aux non-résidents de devenir « e-résident » et d’acquérir une nationalité numérique. Ce qui devrait entraîner une « blockchainisation » de l’économie estonienne, en permettant aux internautes du monde entier de devenir «e-résident » estonien et en leur donnant la possibilité d’accéder aux services en ligne de base (signature numérique, relations avec les administrations, etc.) et en  leur permettant d’ouvrir des comptes en banque et de créer facilement des entreprises.

Ces premières démarches laissent entrevoir une infime partie des possibilités, il est sûr que la blockchain a un bel avenir devant elle et ne devrait cesser de faire parler d’elle tout en se faisant oublier au profit de services toujours plus innovants.

J’ai testé France Connect

France Connect, le service d’identification unifiée de l’État a été officiellement inauguré fin juin 2016, avec des promesses séduisantes :

  • Un accès unique aux services publics en ligne
  • Éviter la création d’une multitude de comptes et d’identifiants pour chaque administration
  • Facilité et sécuriser l’échange de données entre administrations (c’est le citoyen qui accepte ces échanges)

Quatre mois après où en est son déploiement ? Remplit-il toutes ses promesses ?

Nous avons voulu tester et établir un premier bilan post déploiement.

Fournisseurs de services vs fournisseurs d’identité

Tout d’abord, nous avons voulu savoir quels services proposait ce nouveau mode d’identification. Il faut bien distinguer deux choses :

  • Les fournisseurs d’identité : ces services générant les identifiants permettant aux internautes de se connecter à l’ensemble des fournisseurs de services
  • Les fournisseurs de services : les plateformes proposant une identification à travers le service France Connect

Les fournisseurs d’identité sont au nombre de trois : le service des impôts, l’assurance maladie et le service IDentité Numérique de la Poste. Ces organismes officiels sont donc actuellement les seuls à permettre aux internautes d’utiliser France Connect.

Les fournisseurs de services sont donc des sites ayant mis en place le module de connexion France Connect sur leur plateforme internet, ils sont actuellement au nombre de 24 services nationaux et collectivités locales confondus.

En pratique

Nous avons donc voulu tester le service sur plusieurs plateformes, afin d’évaluer le service et de voir si les promesses étaient pleinement remplies.

S’authentifier

J’ai commencé par tester l’authentification à travers France Connect avec les identifiants issus du service des impôts pour connaitre mon solde de point sur mon permis de conduire, l’un des premiers à avoir mis en place France Connect.

Étape 1 : accéder au service

Premier constat : le module est plus ou moins bien intégrer selon le site utilisé.

Cas 1 https://www.telepoints.info

Site de consultation du solde de points du permis de conduire

Cas 2 https://permisdeconduire.ants.gouv.fr/Vos-demarches/Le-permis-a-points/Solde-de-vos-points-via-France-Connect

Site de consultation du solde de points du permis de conduire

 

Étape 2 : choisir France Connect

Tout d’abord il est important de vérifier que les pop-up ne sont pas bloqués par le navigateur utilisé, la fenêtre d’identification de France Connect apparaissant, pour ce qui concerne cet exemple, dans une  fenêtre de ce type. Et auquel cas, il est nécessaire de les autoriser.

Accès à France Connect à travers une pop-up

 

Étape 3 : S’authentifier

Il suffit ensuite de choisir, avec quels identifiants on souhaite accéder au service.

Choix du Fournisseur d'identité sur  France Connect

 

D’entrer ses codes en question.

Identification via France Connect

 

De valider ses informations personnelles liées au compte utilisé.

Informations de connexion via France Connect

 

Et de renseigner le numéro de permis permettant de lier les deux comptes.

À noter que cette action n’est à réaliser que pour la première connexion, pour les prochaines, on accède directement au solde de points.

Lier les compte France Connect

 

Pour finalement pouvoir accéder au solde à point de son permis.

J’ai pu constater qu’il était aisé d’accéder à mon solde de point sans nécessairement disposer de mon code d’accès au site. Ce dernier étant spécifique et dédié et m’ayant été transmis par courrier papier, je ne l’ai pas sur moi et n’ai donc pas le réflexe de consulter ce solde. France Connect  permet de simplifier cette consultation.

Créer un compte

J’ai voulu ensuite tester la création de comptes sur des plateformes où je ne disposais d’aucun compte.

J’ai commencé par un service national, Info Retraite, permettant de disposer des informations sur son départ à la retraite et accessoirement de calculer son départ et le montant de sa retraite. Là encore, j’ai pu apprécier la simplicité d’utilisation de France Connect. Je n’ai pas eu à remplir de nouveaux champs pour la création de ce compte, les informations ayant été récupérées directement sur mon compte des impôts.

France Connect sur Info Retraite

 

J’ai ensuite voulu tester un site d’une collectivité locale, la ville de Nîmes, sur lequel je ne disposais pas non plus de compte, et qui proposait France Connect de manière parfaitement intégrée, sans pop-up.

France Connect site de Nîmes

 

J’ai donc suivi la procédure sans embûche, choisi l’identifiant des impôts, me suis identifiée avec ceux-ci, j’ai validé mes informations personnelles de base, sauf qu’à l’issu de cette authentification, je n’ai pas pu accéder directement à mon compte.

Validation du compte de la Ville de Nîmes

Validation du compte pour Nîmes via France Connect

 

On m’a demandé de renseigner mon adresse mail ou de lier manuellement mon compte utilisateur de la ville en me demandant de m’identifier. Or la démarche que j’ai réalisée était bien une création de compte, je n’étais pas détentrice d’un compte auprès de la ville, et mon mail était bien dans les informations détenues par les impôts, pour preuve, j’ai reçu un email à chaque connexion à travers France Connect.

J’ai donc renseigné cette dernière information et j’ai reçu un email de la ville de Nîmes me demandant de valider la création de mon compte, pour valider cette création et mon adresse mail.

Pour bien me rendre compte, j’ai également testé deux autres collectivités locales :

  • Nancy , où j’ai pu m’inscrire rapidement sans renseigner plus d’information
  • Les Hautes-Alpes , où j’ai à nouveau du renseigner mon email en plus de me connecter à France Connect

Il y a donc plusieurs schémas selon les institutions auxquelles on souhaite accéder.

Conclusions

Après ce test sur un panel de services, on peut donc dire que France Connect facilite grandement la consultation et la création de comptes utilisateur. Il s’agit donc d’une promesse pleinement remplie, un seul login et mot de passe permet bien d’accéder à plusieurs comptes et informations.

La création de comptes, bien que différente d’une plateforme à une autre est très rapide, 1 minute peut suffire, et cela même lorsqu’il est nécessaire de renseigner son email en plus de l’identification France Connect.

Pour ce qui est de la sécurisation du partage de données entre les administrations, difficile de s’engager sur cette question, il suffirait d’hacker un seul identifiant et un seul mot de passe pour accéder à une multitude de comptes. De plus, à aucun moment on ne demande expressément à l’utilisateur s’il est d’accord pour que les institutions partagent ses données. Pour le savoir, il faut se reporter aux conditions d’utilisation de France Connect, généralement positionnées dans les mentions légales des fournisseurs de services.

À la marge on peut également regretter que certains fournisseurs de services proposent une intégration à travers des pop-up, il s’agit d’une modalité peu ergonomique et accessible, la plupart des internautes utilisent des navigateurs bloquants ces fenêtres associées à du spam.

Serious game, peut-on vraiment être sérieux et ludique à la fois ?

A la fin du mois d’Août, la mairie de Paris a mis en place un serious game intitulé la Chapelle Charbon.  Inspiré des jeux de simulation qui proposent aux joueurs de construire et gérer leur propre ville, ce serious game permet aux citoyens de participer à l’aménagement du futur espace vert du 18ème arrondissement. Ce nouveau dispositif nous pousse à nous intéresser au concept des serious game. De quoi s’agit-il ? Quels sont les objectifs d’un serious game et surtout peut-on vraiment être à la fois ludique et sérieux ?

 

Qu’est-ce qu’un Serious Game ?

La première apparition du terme « Serious Game » remonte aux années 70 et est attribuée au chercheur Clark Abt qui voit dans le jeu un moyen d’enrichir les cursus scolaires. Comme souvent avec les tendances managériales, les experts et consultants peinent encore à définir de manière unanime ce qu’est un Serious Game aussi désigné sous le nom de « jeu sérieux » pour les francophones.  Pour faire simple, l’appellation serious game désigne tous les logiciels qui combinent une intention sérieuse ou pédagogique (informer, communiquer, faire pratiquer) à des ressorts ludiques inspirés du jeu.

Aujourd’hui, les Serious Game ont conquis de nombreux secteurs et disciplines tels que la défense, l’éducation, les ressources humaines, etc.

 

Les grandes catégories de serious game

En analysant différents serious game mis en place par les pouvoirs publics et les collectivités territoriales en France et à l’étranger nous avons pu observer 4 grandes catégories :

  • Les serious game dédiés au recrutement
  • Les serious game à la formation des équipes internes
  • Les serious game dédiés à la sensibilisation des publics externes
  • Les serious game conçus pour faciliter la remontée des données

America’s Army : Communiquer et recruter

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Un des premiers grands succès remportés par un serious Game est celui mis en place en 2002 par l’armée américaine : America’s Army. Ce jeu, très réaliste, s’inspire des nombreux jeux militaires à la première personne, mais impose aux joueurs les règles d’une véritable opération militaire et se différencie du cadre plus libre des jeux purement ludiques.

Formidable outil de communication, de relation presse et même de recrutement, le jeu compte aujourd’hui plus de 10 millions de membres. On peut toutefois faire remarquer que ce serious game soulève quelques questions en assimilant l’entrainement militaire à un jeu vidéo.

Territorial City : Informer et faciliter les échanges entre agents et responsables

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Plus récemment, la Mutuelle Nationale Territoriale a, avec des partenaires, créé un Serious Game ayant pour objectif d’informer les agents sur les risques liés à la consommation de substance psychoactive au travail. Territorial City propose aux joueurs d’incarner un agent de la fonction publique territoriale, selon huit scenarii différents et indépendants les uns des autres. On compte ainsi sept profils d’agents qui représentent chacun une filière de la FPT et une mission décideurs, au cours de laquelle le joueur incarne un responsable de service d’une collectivité.

Les objectifs du serious game sont d’accompagner les décideurs dans leurs démarches et de sensibiliser les agents aux comportements à risque, mais aussi de faciliter les échanges autour de la thématique en se focalisant sur le jeu et non sur le vécu des agents.

SIMUrénov : Sensibiliser les internautes aux bonnes pratiques

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Créé par la région Rhône-Alpes et la Fédération Française du Bâtiment SIMUrénov’ propose aux internautes, via un jeu rapide, de rénover une maison des années 70. Pour cela les joueurs disposent d’un budget et doivent choisir les travaux qu’ils désirent entreprendre. Chaque prestation améliore la performance énergétique du bâtiment, réduit sa consommation en CO2 et améliore son confort. Chaque prestation est détaillée et des explications sont fournies aux internautes pour l’orienter dans ses choix. Une fois le budget totalement dépensé, les scores sont mis en ligne.

A travers ce mini-jeu, les internautes sont sensibilisés à la rénovation écologique de manière ludique et rapide. Le budget limité nous pousse à évaluer toutes les solutions existantes et à en comparer les impacts sur le logement.

Paris et la Chapelle charbon : Récupérer des données sur les attentes de citoyens

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Dernier exemple en date, la mairie de Paris s’est inspirée du jeu Sim City 2000 pour organiser une consultation citoyenne en ligne concernant l’aménagement du futur parc de la Chapelle Charbon. La plateforme présente au joueur l’espace du parc en vue isométrique et lui demande de l’aménager à sa convenance avec différentes possibilités : fleurs, arbres, kiosques, banc, parcours accrobranche, etc., tout en respectant une limite budgétaire et une contrainte spatiale.

Ce Serious Game permet donc à la mairie de paris de récupérer de précieuses données sur les attentes des habitants.

 

Quelles sont les règles pour réussir son serious game ?

Pour qu’un serious game puisse rester à la fois ludique et sérieux il est nécessaire de respecter un certain nombre de règles qui permettent de créer une expérience de jeu enrichissante :

  • Laisser les joueurs décider : pour que le joueur prenne du plaisir à jouer il faut le laisser prendre des décisions. Un serious game trop linéaire et directif sera rapidement identifié comme un outil de formation
  • Simuler la réalité : pour impliquer le joueur, il est nécessaire de proposer un scénario qui recréé ou modélise la réalité afin que ce dernier en perçoive l’intérêt éducatif. Attention cependant, les résultats du serious game ne doivent avoir aucune conséquence dans la vie réelle !
  • Construire un enchainement cohérent : dans un serious game, il est primordial de ne pas séparer les phases ludiques et les phases d’apprentissage au risque les premières soient préférées et les secondes délaissées.

 

Peut-on vraiment être sérieux et ludiques à la fois ?

Aujourd’hui, les serious game continuent de séduire de nombreuses entreprises, organisations publiques et collectivités territoriales. Des différents exemples évoqués nous retiendrons le fait que le principal atout des serious game est peut être leur rôle de « facilitateur ». Un serious game comme celui de la chapelle Charbon facilite l’engagement des citoyens : il est plus agréable de faire ce mini jeu que de répondre à une enquête. Il est plus facile pour un bricoleur du dimanche d’apprendre les bases de la rénovation énergétique via un jeu que dans des manuels.

Cependant, malgré les discours promotionnels, il est impossible d’effacer les tensions entre les aspects ludiques et sérieux qui sont propres au Serious Game. C’est donc aux constructeurs et aux commanditaires de serious game de trouver le juste équilibre en fonction de leur cible, de leurs objectifs et du mode d’administration du serious game.

Open Data : le compte à rebours a commencé

La loi pour une République Numérique devrait entrer en vigueur dans les prochaines semaines : le 27 septembre, le Sénat examinera les conclusions de la commission mixte paritaire sur le projet de loi, qui a été adopté par l’Assemblée nationale le 20 juillet dernier. Le projet de loi devrait, ensuite, être définitivement adopté 15 jours plus tard, et cela si elle ne fait l’objet d’aucune saisine du Conseil Constitutionnelle. Ce qui porte sa promulgation à la mi-octobre, suivi de sa mise en application.

Les quelque 5 000 collectivités locales de plus de 3 500 habitants auront alors l’obligation de rendre accessibles les informations publiques en leur possession.

Si la plupart des grandes collectivités se sont déjà engagées dans cette voie, il n’en demeure pas moins que certaines vont devoir partir de zéro pour se mettre aux normes, ce qui risque de ne pas être simple.

Comment bien lancer son projet Open Data ?

Tout d’abord il est important de ne pas voir se projet comme une contrainte, l’Open data est une démarche que bon nombre de collectivités ont déjà expérimentée avec succès. Il est important de considérer cette démarche comme un projet d’avenir bénéfique pour le citoyen.

Quels coûts sont à prévoir ?

Comme toute chose, ce projet nécessite un investissement initial et constant :

  • Financièrement : fin de certaines redevances, prestation d’accompagnement, création d’une plateforme dédiée et choix d’un mode d’hébergement adapté à une mise à disposition pérenne de volumes croissants de données
  • D’un point de vue organisationnel et humain : implication des agents dans la constitution et le maintien de ces données à jour
Comment faire en pratique ?

Au-delà du lancement et de l’accompagnement au changement que l’on met en place en interne, il est nécessaire de :

  • Identifier les données pertinentes à mettre à disposition : les données pouvant être intéressantes dans le cadre d’une réutilisation, comme les données liées aux transports par exemple.
  • Isoler les données personnelles, afin de les protéger et d’anonymiser les données le nécessitant. La CNIL a établi un certain nombre de recommandations concernant les différents types de données, les collectivités doivent veiller à s’y soumettre. Il peut également être nécessaire de faire appel à un expert pour faire le tri entre les données personnelles et les données indirectement personnelles (lorsque le recoupement de plusieurs jeux de données peut permettre d’identifier des individus).
  • Mettre en place ou affiner le traitement et l’organisation des jeux de données : les collectivités sont de plus en plus vigilantes dans l’organisation des données et dans la mise en place de logiques d’archivages internes, mais il peut être nécessaire de repenser certaines méthodes de travail. Il peut s’agir de rationaliser les formats et de mettre en place une structure pertinente et facile à prendre en main par les internautes.
  • Mettre à disposition les données sur une plateforme adaptée : le site web de la collectivité n’est pas forcément taillé ni structuré pour recevoir ces jeux de données. Il est important de proposer une plateforme offrant des fonctionnalités de recherche avancée et un solide hébergement. L’état propose d’ailleurs plusieurs plateformes au niveau national, permettant aux producteurs de données de les mettre à disposition : la plus connue est data.gouv.fr et la plus récente étant api.gouv.fr, pour ne citer qu’elles.
  • Maintenir les données ouvertes à jour : dans le cadre d’une réutilisation effective, il est important de maintenir la fiabilité de ses données à travers des mises à jour régulières et un travail constant des agents en termes de production et de qualité. C’est pourquoi, un tel projet nécessite une forte implication, et de convaincre les agents du bien-fondé d’une telle démarche.

Le lancement d’un projet d’Open Data est donc avant tout un projet interne, nécessitant une démarche d’accompagnement au changement, voire d’évangélisation : la mise à disposition n’étant que la partie visible de l’iceberg. Les collectivités encore néophytes sur la question auront besoin de temps et d’accompagnement.

La mission de l’association OpenData France

Conscient de ces enjeux et afin de pallier à ces blocages, l’association OpenData France a été mandatée depuis 2013 pour proposer un plan d’aide et d’accompagnement des collectivités. Une réflexion a été menée à travers l’organisation de rencontre avec des collectivités, des start-ups et des associations pour identifier les besoins de chacun.

Des pistes ont d’ores et déjà été identifiées pour faciliter et soutenir ces projets d’Open Data, comme :

  • La création de véritables écosystèmes territoriaux autour de l’ouverture des données en réunissant l’ensemble des données de plusieurs collectivités sur une même plateforme : dans le but d’impliquer l’ensemble des acteurs d’un territoire et d’assurer une mise à niveau par la formation des acteurs les moins avancées
  • La création d’un socle de données commun défini et obligatoire pour toutes les collectivités, afin de faciliter la démarche dans un premier temps et de permettre aux collectivités de proposer des données comparables au niveau national. Ces données pourraient d’ailleurs être issues des données que les collectivités transfèrent déjà aux services de l’état, cela permettrait de garantir un déploiement rapide de données qualitatives

La fabrique des mobilités : un dispositif innovant au service des acteurs des transports et de la mobilité

A l’heure de l’open data, les collectivités multiplient les initiatives pour dynamiser leur territoire et soutenir des projets de création de nouveaux services. A travers cette interview de Gabriel Plassat, expert mobilités à l’ADEME, nous avons souhaité vous faire découvrir l’initiative de la fabrique des mobilités, un dispositif innovant qui offre une vision du rôle que peuvent jouer les territoires au sein des processus d’innovation.

En quelques mots, pouvez-vous nous décrire le projet de la fabrique des mobilités ?

La fabrique des mobilités est un dispositif de soutien à l’innovation porté par l’ADEME. Notre objectif est d’accompagner des projets innovants dans le domaine des transports et des mobilités et d’accélérer leur développement.

Nous sommes partis du constat qu’il existait de nombreux dispositifs de soutien financier adressant les porteurs de projets innovants mais peu de dispositifs d’accompagnement axés sur la mise à disposition de ressources. Aussi, nous avons souhaité développer ce type de dispositif. Ces ressources sont mises à disposition par nos partenaires : groupes industriels, laboratoire de recherche, écoles, territoires, …

Notre accompagnement s’inscrit dans la continuité de ceux proposés par les incubateurs et les pépinières. Mais au contraire des incubateurs et des pépinières, nous n’avons pas de lieu physique. Les projets restent là où ils ont créés. Notre objectif est simplement d’augmenter leurs chances de succès en leur apportant des ressources supplémentaires et spécialisées.

Vous invitez les territoires à devenir « des plateformes de ressources organisées », quel est le rôle des collectivités territoriales au sein de la fabrique des mobilités ?

Dans le domaine des transports, le territoire a un rôle clef. Un industriel ou une start-up ne peut pas innover dans un laboratoire. Les services doivent être conçus en lien avec la complexité des territoires et cela passe par une nécessaire phase de co-création.

Nous collaborons aujourd’hui avec plusieurs territoires comme le Grand Lyon, la région Ile de France, le département des Alpes Maritimes, la Métropôle de Nice Côte d’Azur, la Communauté d’Agglomération Nice Sophia Antipolis ou encore la ville d’Issy les Moulineaux. Ces différents acteurs vont mettre plusieurs ressources à disposition des porteurs de projets : infrastructures, routes, lignes de bus, données mais aussi communauté d’utilisateurs qui permettront d’obtenir un retour sur le service.

Nous commençons en ce moment même à accompagner nos premiers projets. Dans le cadre d’un projet sur le co-voiturage par exemple, les territoires peuvent mettre à disposition des porteurs de projets leurs données concernant le transport.

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Vos rapports soulignent également les différences entre les enjeux locaux propres à chaque territoire et l’importance pour les projets innovants d’un déploiement national ou mondial, comment, réussissez-vous à faire coexister ces deux objectifs ?

Notre dispositif est tourné vers les entrepreneurs. L’entrepreneur n’est pas là pour résoudre les problématiques spécifiques de chaque territoire. En revanche, nous sommes convaincus que si le projet trouve un marché, c’est que la solution répond aux problèmes que rencontrent les collectivités et les usagers.

Pour un territoire qui souhaiterait dynamiser l’innovation, quelles sont les premières étapes à mettre en place ?

L’innovation c’est d’abord une culture. Elle doit être mise en mouvement par un ensemble de personnes. On pourrait donc conseiller aux territoires de s’appuyer au maximum sur les réseaux déjà existants et d’afficher leur volonté de s’ouvrir. Les politiques d’open data en sont un bon exemple.

En ce qui concerne la stratégie de la fabrique des mobilités, notre volonté est de construire un écosystème aussi perméable que possible pour que chaque acteur puisse prendre part aux projets. Cela doit nous permettre de construire une réflexion collective autour de problématiques actuelles. Aussi, nous essayons de collaborer avec les porteurs de projets dès les prémices de leurs initiatives. Enfin, pour trouver des solutions aux problèmes, il faut parfois tester et essayer un maximum d’idées : cela nécessite, notamment, de sortir d’une logique de marché.

Une des missions que s’est fixée la fabrique des mobilités est d’assurer la gestion des « communs ». Il s’agit là d’une notion relativement nouvelle et très fortement liée à l’émergence de l’économie collaborative. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur cette notion ? Quels sont les communs utilisés dans le cadre des projets de la fabrique des mobilités ?

Le concept des communs vient des plateformes ouvertes. Un « commun » est une ressource gérée par une communauté, elle est à la fois indispensable et non compétitive : donnée, logiciel, matériel, … La communauté peut être composée de différents types d’acteurs : citoyens, entreprises, collectivités…

Le meilleur exemple de commun est sans doute Wikipédia. En effet, l’encyclopédie est gérée par une communauté d’internautes qui peuvent rédiger et commenter divers articles. Cet exemple montre également qu’ouverture ne rime pas avec anarchie. Pour pouvoir écrire sur Wikipédia, il faut respecter un ensemble de règles. C’est exactement pareil pour l’open data, il existe différentes licences qui imposent des règles aux utilisateurs.

Notre rôle à la fabrique des mobilités, c’est d’abord de recenser l’ensemble des communs existants. En améliorant leur accessibilité, nous permettons aux entrepreneurs de ne pas réinventer la roue mais au contraire de donner de la valeur aux communs. L’objectif est de capitaliser sur chaque projet.

Quelles sont les prochaines étapes ?

Nous entamons les premiers projets. Parallèlement, nous construisons nos outils. Nous travaillons, notamment, sur la connexion des différents acteurs et les compétences clefs à travers la plateforme kumu.io/fabmob. Nous organisons également plusieurs ateliers pour permettre aux acteurs d’échanger. Enfin, nous continuons de chercher de nouveaux territoires et industriels avec lesquels collaborer.

 

Pour plus de renseignements rendez-vous sur le site de la fabrique des mobilités

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