La blockchain, cette technologie apparue avec la monnaie virtuelle du Bitcoin, fait de plus en plus parler d’elle ces derniers mois. On parle même d’une future « Blockchainisation », à l’image de l’uberisation. Nous avons voulu nous intéresser à cette possibilité, en nous concentrant sur les institutions publiques et les collectivités territoriales, pour nous demander dans quelle mesure et à quelle échéance la blockchain pourrait changer notre rapport aux administrations.

La blockchain, qu’est-ce que c’est ?

La blockchain, ou « chaîne de blocs », est un mode de stockage et de transmission d’informations fonctionnant sur une base de données dont l’historique est distribuée, c’est-à-dire que l’ensemble des utilisateurs a accès à cet historique des échanges et cela depuis sa création.

Ces échanges sont assemblés dans ce que l’on appelle des blocs. Cette chaîne de blocs est copiée sur tous les ordinateurs du réseau, chacun est en mesure de vérifier la continuité de cette chaîne de manière décentralisée. Ce qui en fait un mode d’échange et de partage infalsifiable : il est impossible d’effacer une ligne de ces échanges à moins que l’ensemble du réseau le décide.

La puissance du réseau : Bitcoin fonctionne sur un réseau, appelé les « mineurs », permettant de gérer cette masse de calculs exponentielle nécessaire à la validation des transactions et à la création les blocs regroupant ces dernières.

Schéma du fonctionnement du bitcoin

Schéma du fonctionnement du bitcoin

Les champs d’utilisation possibles et les avantages

Le champ des possibles est considérable pour les institutions publiques, on pense bien sûr à la problématique de gestion et de conservation des données en premier lieu avec la possibilité de :

  • Gérer des actes de propriété
  • Gérer les données personnelles
  • Gérer l’identité digitale
  • Etc.

Cette gestion à travers une blockchain permettrait de sécuriser davantage ces données contre la falsification et le piratage, dans le but de les rendre toujours plus pérennes et infalsifiables.

Sécuriser l’identité digitale et les données personnelles des internautes est un enjeu majeur, avec l’émergence de l’application d’identification unifiée lancée récemment (voir l’article sur France Connect) et le décret polémique sortie en octobre dernier concernant un fichier réunissant l’ensemble des données liées à la carte d’identité et au passeport des Français.

On imagine très bien les opportunités offertes par la mise en place de blockchains dans un objectif de sécurisation des données.

Un atout pour les Civic Tech

Mais la sécurisation des données n’est pas la seule application possible, on imagine également les possibilités  offertes dans le cadre de la mise en place d’outils lis aux Civictech (voir article notre précédent article : Les Civic Tech vont-elles révolutionner notre système politique ?).

Par exemple le vote électronique, qui pourrait s’appuyer sur la blockchain pour proposer une solution sécurisée et fiable.

Le vote électronique permettrait en règle générale de :

  • Réduire les coûts
  • Faciliter l’accès de tous les électeurs
  • Garantir la sécurité et le contrôle
  • Faciliter le compte des voix
  • Etc.

Il pourrait être ainsi envisageable de solliciter plus régulièrement les citoyens sur un certaine nombre de questions et de grandes décisions qui les concernent.

A l’image des initiatives autour des budgets participatifs qui se multiplient actuellement, et cela dans les villes de toutes tailles : Paris, Montreuil, Saint-Basile-le-Grand au Canada, etc.

Ces technologies pourraient être un vrai tournant pour nos démocraties à tous les niveaux, du locale à l’état, et qui c’est, voire même au niveau européen.

Les limites et les freins

Malgré tout, les limites et les freins sont encore nombreux.

Les limites techniques

Le système de blockchain, tel qu’il a été pensé dans le cadre du Bitcoin, est encore un  projet novateur en devenir, mais avec une fin programmée dès son avènement. En effet, le nombre de bitcoins qui pourra être produit est limité à 21 millions. Mais un certain nombre de problèmes devrait émerger bien avant, et sont d’ailleurs d’ores et déjà perceptibles. Les transactions étant traitées par une communauté de mineurs rémunérés à la transaction en dédommagement du temps et de l’électricité dépensés pour chacune d’elle, les coûts ne cessent d’augmenter face au volume de données accumulé, tandis que la rémunération baisse irrémédiablement. Passant ainsi de 50 bitcoins à une dizaine de bitcoins aujourd’hui, et pour finalement ne plus rien représenter à l’horizon 2140, lorsque la limite de 21 millions sera atteinte.

Tout ceci doit être repensé, afin de s’adapter à d’autres enjeux et d’autres problématiques que celle d’une monnaie virtuelle. Pour ce qui concerne les institutions, l’enjeu de l’utilisation de la blockchain sera d’optimiser les besoins en énergie et en volume de calculs dans le cadre de chaines importantes et pérennes, afin de garantir l’incrémentation perpétuelle de nouveaux blocs, garantissant ainsi la sécurité des données.

La question de la confiance

Les principales limites liées à la blockchain, dans le cadre d’un usage par les institutions, résident dans le changement de paradigme : la technologie prend le pas sur les institutions et gère, presque comme indépendamment,  la sécurité et l’intégrité des données, des documents ou des votes.

Les institutions ne sont plus les seuls tiers de confiance, le protocole technique supplante cette relation institution-citoyen, il y a une désintermédiation, y sommes-nous véritablement prêts ?

La création de liens de confiances n’a eu de cesse de se diversifier ces dernières années avec internet et les multiples sites marchands. Nos achats ne se font plus forcément en bas de notre rue avec nos commerçants habituels, nous utilisons d’autres canaux, et sommes donc amenés à faire confiance à  des marchands du monde entier. Des services, comme PayPal, voient le jour et se positionne comme des garants en offrant des protections aux acheteurs. Cette nouvelle façon de consommer et ces nouveaux tiers de confiance auraient été inimaginables il y a quelques décennies, mais les mentalités évoluent et s’adaptent aux nouveaux enjeux.

Les démarches pionnières

Il ne parait pas irréaliste de penser que la blockchain serait une solution d’avenir pour les aspects administratifs allant du cadastre, les actes de vente, l’identité digitale, les aides sociales, en passant par les Civic Tech, et tant d’autres.

Des démarches pionnière voient le jour un peu partout dans le monde à l’image de ces deux exemples.

L’OGN africaine Bitland a mis en place la technologie blockchain pour créer un registre de propriété transparent et fiable au Ghana, un pays 90% du territoire se situe en zone rurale et où les titres de propriété n’étaient jusqu’alors pas répertoriés.

L’Estonie a choisi une startup du nom de Guardtime pour se charger de la sécurisation d’une base de données de santé intégrant plus d’un million de dossiers patients. Le pays a également misé sur la blockchain dans un autre domaine à travers un partenariat avec le programme « e-residency ». Ce dernier permet aux non-résidents de devenir « e-résident » et d’acquérir une nationalité numérique. Ce qui devrait entraîner une « blockchainisation » de l’économie estonienne, en permettant aux internautes du monde entier de devenir «e-résident » estonien et en leur donnant la possibilité d’accéder aux services en ligne de base (signature numérique, relations avec les administrations, etc.) et en  leur permettant d’ouvrir des comptes en banque et de créer facilement des entreprises.

Ces premières démarches laissent entrevoir une infime partie des possibilités, il est sûr que la blockchain a un bel avenir devant elle et ne devrait cesser de faire parler d’elle tout en se faisant oublier au profit de services toujours plus innovants.

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